«Un butin de guerre qui s'appelle Mélenchon» : LFI noyautée par la mouvance décoloniale ?

D'après un article publié ce 30 novembre par Marianne, Jean-Luc Mélenchon serait considéré comme un «butin de guerre» par plusieurs figures de la mouvance décoloniale. Un courant de pensée qui tend notamment à dénoncer un processus de décolonisation incomplet faisant perdurer des hiérarchies raciales ou encore de genre.

Dans un débat virtuel organisé sur le réseau social Twitch par le militant antiraciste Wissam Xelka et auquel participait notamment Houria Bouteldja, fondatrice du Parti des Indigènes de la République (PIR), des militants décoloniaux se seraient en effet félicités de la stratégie qui leur aurait permis de rallier Jean-Luc Mélenchon à leur cause.

Comme le relate Marianne, les intervenants ont entre autres débattu pour savoir quel serait le meilleur candidat pour porter leurs idées pour la présidentielle. Prenant la parole, Houria Bouteldja se serait alors réjouie du travail de «massification» de la pensée indigéniste, notamment auprès des partis de gauche, et plus particulièrement au sein de La France insoumise (LFI).

Dans ce magma, il y a un butin de guerre qui s'appelle Mélenchon

Elle se serait par exemple félicitée du fait que Jean-Luc Mélenchon aurait fini par adhérer à la pensée décoloniale. «Dans ce magma, il y a un butin de guerre qui s'appelle Mélenchon» aurait-elle ainsi lancé. Et, de poursuivre : «Il a fait un choix, on revient de loin». La militante aurait en effet affirmé qu'auparavant Jean-Luc Mélenchon «était une espèce de laïcard de dingue» mais que désormais «il dit des choses qu'il n'aurait jamais dites, il y a quinze ans».

Houria Bouteldja se serait ainsi félicité de l'ascendant qu'aurait gagné le courant décolonial, au sein de LFI, sur la frange universaliste, évolution qui serait à l'origine d'une mue importante du positionnement du parti et de son chef sur les questions religieuses et notamment sur l'islam, comme le relève Marianne. Pour la militante, cette évolution s'expliquerait avant tout par «tout le travail mis en place pendant 15 ans [par les militants décoloniaux]» qui au passage se seraient fait «insulter de racisme anti-Blancs».

Jean-Luc Mélenchon, manipulé par la mouvance décoloniale ?

Houria Bouteldja et ses camarades resteraient critique vis-à-vis du chef de file de LFI. Les militants décoloniaux regretteraient en effet que Jean-Luc Mélenchon ne remette pas en cause la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école – «mère des lois islamophobes», selon Houria Bouteldja citée par le magazine.

«Jean-Luc Mélenchon, c'est pas mon camarade. Pour moi, c'est un impérialiste, pour moi, c'est un colon, pour moi, c'est un social-démocrate. […] Mais en tant qu'antiraciste, c'est celui qui peut arrêter cette dynamique islamophobe», aurait pour sa part lancé Wissam Xelka qui appellerait à voter pour Jean-Luc Mélenchon, même si c'est «en se pinçant le nez».

Au moindre faux pas, on va être là pour l'attaquer

Autre intervention, celle de Jean-Marc Rouillan, ancien membre du groupe terroriste Action directe condamné à la prison à perpétuité en 1989 pour complicité d'assassinat et soumis à un régime de semi-liberté depuis 2011. Ce dernier se serait notamment indigné des propos de Wissam Xelka : «Comment tu peux défendre Mélenchon quoi ? C'est la SFIO ! Ce mec ose parler de "créolisation", c'est un truc scandaleux ! On aurait dû entendre tous les décoloniaux lui hurler à la gueule.» Celui qui soutient aujourd'hui Anasse Kazib, le candidat dissident du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), estime que Jean-Luc Mélenchon utilise «sur plusieurs questions [...] le langage du colonialisme».

Réagissant aux propos de Jean-Marc Rouillan, Wissam Xelka aurait alors expliqué considérer qu'intérieurement, Jean-Luc Mélenchon était «islamophobe». Néanmoins, le militant antiraciste serait d'avis que Jean-Luc Mélenchon puisse être considéré comme un élément pouvant servir malgré tout la cause défendue par la mouvance décoloniale. «Il agit contre l'islamophobie», aurait ainsi rappelé Wissam Xelka, toujours selon Marianne. Le militant serait même préparé à l'éventualité où les tendances laïques du chef de La France insoumise viendraient à remonter à la surface : «Au moindre faux pas, on [les militants décoloniaux] va être là pour l'attaquer», aurait-il lâché.